La Tate Modern, souvent surnommée la « cathédrale de l’art moderne », est un musée d’art moderne et contemporain situé dans le quartier de Bankside, sur la rive sud de la Thames, face à la cathédrale Saint-Paul.
Le musée occupe l’ancienne centrale électrique de Bankside, un imposant bâtiment industriel en briques conçu par l’architecte britannique Giles Gilbert Scott et construit au milieu du XXᵉ siècle. Réhabilité par les architectes suisses Jacques Herzog et Pierre de Meuron, l’édifice offre aujourd’hui de vastes espaces d’exposition baignés de lumière, dont la spectaculaire Turbine Hall.
Aux côtés de grandes institutions internationales comme le Museum of Modern Art (MoMA), le Solomon R. Guggenheim Museum à New York et le Centre Pompidou à Paris, la Tate Modern abrite l’une des collections les plus importantes au monde consacrées à l’art moderne et contemporain britannique et international.
La Tate Modern à Londres : histoire et transformation de la célèbre centrale de Bankside
L’ancienne centrale électrique dite Bankside Power Station a été conçue par Sir Giles Gilbert Scott (1880‑1960), l’architecte britannique également connu pour la cabine téléphonique rouge emblématique et pour avoir conçu la centrale de Battersea Power Station. La construction de Bankside s’est déroulée en deux phases entre 1947 et 1963 : la première moitié est entrée en service en 1952, tandis que l’achèvement complet du bâtiment n’a eu lieu qu’en 1963.
Contrairement à la Battersea Power Station, connue pour son style industriel monumental, Bankside ne se rattache pas à un style purement brutaliste au sens strict : son architecture est plutôt caractéristique des grandes usines industrielles du XXᵉ siècle, avec une structure en acier à revêtement de briques rouges et une cheminée de 99 m de haut, volontairement conçue pour rester plus basse que la coupole de la cathédrale Saint‑Paul située juste en face sur l’autre rive de la Tamise.
La centrale a cessé de produire de l’électricité en 1981 en raison de la montée des coûts du pétrole et de l’évolution du secteur énergétique. Après sa fermeture, le bâtiment est resté vacant pendant plus d’une décennie et a été menacé de démolition avant d’être finalement acquis par la Tate Gallery en 1994 pour devenir un musée d’art moderne.
Un concours international d’architecture a été lancé en 1994 et remporté en janvier 1995 par les architectes suisses Jacques Herzog et Pierre de Meuron, qui ont transformé l’immense carcasse industrielle en un musée. La conversion a commencé en juin 1995, a duré près de cinq ans et a coûté environ 134 millions de livres sterling.
Le musée a été officiellement ouvert au public le 12 mai 2000 par la reine Élisabeth II.
Contrairement à une idée reçue, la Tate Modern n’abrite pas la collection d’œuvres d’art de Sir Henry Tate à elle seule : cette collection (créée à partir de dons faits par Sir Henry Tate à la nation britannique à la fin du XIXᵉ siècle) est désormais répartie entre Tate Britain et Tate Modern. Depuis l’ouverture de la Tate Modern, l’art moderne et contemporain international (à partir de 1900) y est présenté, tandis que la Tate Britain conserve l’art britannique des XVIᵉ – XXᵉ siècles.
L’entrée du musée se fait par l’impressionnante Turbine Hall, un espace de plus de 150 m de long qui était autrefois la salle des générateurs et qui constitue aujourd’hui un foyer monumental pour des installations artistiques spectaculaires.
Depuis son ouverture, la Tate Modern est devenue l’un des musées d’art moderne et contemporain les plus visités au monde. Selon des données antérieures à la pandémie, elle a attiré 5,7 millions de visiteurs en 2014‑2015, ce qui en faisait déjà une des institutions les plus fréquentées au monde, derrière quelques très grands musées tels que le Louvre ou le Met.
Les musées Tate en Angleterre
La Tate est un réseau de quatre musées britanniques :
- Tate Britain, fondé en 1897 et appelé jusqu’en 2000 Tate Gallery. Spécialité : art britannique.
- Tate Modern, fondé en 2000. Spécialité : art moderne et contemporain international.
- Tate Liverpool, fondé en 1988. Spécialité : art moderne et contemporain britannique et international.
- Tate St Ives, fondé en 1983. Spécialité : art moderne britannique.
Organisation et spécificité des collections à la Tate Modern
Depuis son ouverture en 2000, la Tate Modern a choisi de présenter sa collection permanente autour de grands thèmes plutôt que selon une progression strictement chronologique, une approche curatoriale innovante qui encourage les confrontations d’œuvres par concept plutôt que par date.
La collection permanente s’étend sur plusieurs niveaux du musée et regroupe un très large éventail d’œuvres d’art moderne et contemporain datées du XXᵉ au XXIᵉ siècle, représentatives des principaux mouvements artistiques de cette période, du surréalisme à l’expressionnisme abstrait, du pop art au minimalisme et à l’art conceptuel.
La disposition thématique a évolué au fil des réinstallations successives. Par exemple, certaines présentations ont été organisées autour de regroupements conceptuels tels que Histoire/Mémoire/Société, Structure et Clarté ou Énergie et Processus, afin de proposer des lectures croisées des œuvres et de susciter de nouveaux dialogues entre elles.
La collection permanente de la Tate Modern comprend des milliers d’œuvres de plus de 4 700 artistes internationaux, couvrant différentes disciplines (peinture, sculpture, photographie, vidéo, installations, etc.).
On y trouve des œuvres d’artistes majeurs du XXᵉ et XXIᵉ siècles, telles que Pablo Picasso, Henri Matisse, Salvador Dalí, Andy Warhol, Mark Rothko, Francis Bacon, Louise Bourgeois.
Contrairement à une idée répandue, la Tate Modern ne présente pas d’art ancien : les collections dédiées à l’art britannique pré‑1900, notamment des artistes comme William Hogarth, Thomas Gainsborough, William Blake ou Frederic Leighton, sont conservées et exposées à la Tate Britain, qui est spécifiquement consacrée à l’art britannique de la Renaissance à l’époque moderne.
Trois œuvres emblématiques à ne pas manquer à la Tate Modern
Babel de Cildo Meireles
L’installation Babel (2001) de l’artiste conceptuel brésilien Cildo Meireles prend la forme d’une tour monumentale composée de centaines de radios analogiques d’époque empilées en cercles. Chaque poste est allumé et réglé sur une fréquence différente, à un volume minimum audible, ce qui crée une cacophonie continue de voix, de musique et de bruits indistincts, rendant les informations sonores inintelligibles.
L’artiste lui‑même décrit l’œuvre comme une « tour de l’incompréhension », en référence à la tour de Babel du récit biblique, dans laquelle Dieu disperse les langues humaines pour empêcher la communication, symbolisant ainsi la fragmentation de la compréhension entre les individus.
L’installation repose sur l’idée que les radios, bien qu’ayant une forme similaire, émettent des sons différents et inaccessibles, ce qui reflète à la fois la diversité des langages et l’impossibilité de communication unifiée.
Babel se distingue par sa dimension sensorielle immersive : la juxtaposition des centaines de radios qui produisent simultanément des sons confus crée un environnement où le spectateur est entouré par un flux sonore continu et indéchiffrable, renforçant l’idée d’une surcharge d’informations.
Le Téléphone aphrodisiaque de Salvador Dalí
Le Téléphone aphrodisiaque, également appelé Téléphone‑Homard, est une sculpture surréaliste créée par Salvador Dalí en 1936 pour son mécène britannique Edward James, poète et collectionneur d’art surréaliste. Dans cette œuvre, un homard en plâtre est fixé sur le combiné d’un téléphone traditionnel, remplaçant le récepteur habituel et créant un objet à la fois drôle et troublant.
Cette juxtaposition d’objets quotidiens et incongrus – le téléphone, symbole de communication, et le homard, évoquant à la fois l’exotisme, le désir et l’érotisme – illustre la logique associative propre au surréalisme. Dalí lui‑même se moquait de cette œuvre en disant qu’il ne comprenait pas pourquoi, quand il demandait un homard grillé au restaurant, on ne lui apportait jamais un téléphone cuit ; derrière cette plaisanterie, il s’agit de célébrer l’absurde, de remettre en question la logique ordinaire et de faire surgir l’inconscient dans l’art.
L’objet ne se contente pas d’être une fantaisie visuelle : il est emblématique de la manière dont Dalí et les surréalistes fusionnaient le quotidien et le rêve, la fonctionalité classique de l’objet et sa transformation poétique, afin de questionner la rationalité et d’explorer les désirs cachés de l’esprit humain.
Plusieurs versions de cette œuvre ont été réalisées, et certaines sont aujourd’hui conservées dans des collections publiques, dont une dans la collection de la Tate Modern à Londres.
Fontaine de Marcel Duchamp
Fontaine est l’un des ready‑mades les plus célèbres du XXᵉ siècle : il s’agit d’un urinoir industriel en porcelaine retourné, que l’artiste français Marcel Duchamp a présenté comme œuvre d’art en 1917. Ce choix radical consistait à prendre un objet du quotidien, à le sortir de son contexte fonctionnel et à le requalifier comme sculpture simplement par l’acte de choix et de présentation de l’artiste. Le terme ready‑made désigne justement cet objet « tout fait », acheté tel quel puis déclaré art par Duchamp.
Duchamp a signé l’urinoir d’un pseudonyme, « R. Mutt », et ajouté la date 1917 à la peinture noire : cette signature fictive était une manière de décentrer l’identification de l’œuvre de son créateur réel, tout en soulignant la dimension conceptuelle de l’objet.
Lors de sa soumission à l’exposition de la Society of Independent Artists à New York, l’œuvre fut rejetée par le comité organisateur – malgré le principe affiché d’acceptation sans jury – précisément parce qu’il s’agissait d’un objet manufacturé et non d’une sculpture traditionnelle. Cette controverse a engendré un débat crucial sur la définition même de l’art et du rôle de l’artiste, mettant en cause l’idée que seule l’habileté manuelle ou la beauté plastique confère une valeur artistique.
L’œuvre originale de 1917 a été perdue, mais Duchamp a autorisé plusieurs répliques certifiées dans les années 1950–1960, qui sont aujourd’hui conservées dans les collections de grands musées :
- Philadelphia Museum of Art : possède une réplique de Fountain datée de 1950, autorisée par Duchamp et acquise en 1998, qui a circulé dans des expositions dès les années 1950.
- Moderna Museet : détient une version réalisée en 1963, signée Duchamp en 1964 et donnée au musée en 1965.
- Tate Modern : possède l’un des exemplaires de l’édition Schwarz de 1964 de Fountain.
- San Francisco Museum of Modern Art : détient une autre réplique de l’édition Schwarz de 1964.
- National Gallery of Canada : possède un exemplaire de la même série.
- National Museum of Modern Art, Kyoto : conserve aussi une réplique certifiée.
Visiter la Tate Modern avec un guide français
Sophie, guide française originaire de Haute‑Savoie et titulaire d’un Master en Histoire de l’Architecture, propose des visites guidées en français des collections de la Tate Modern à Londres.
Cette visite en français de 2h30 permet de découvrir la richesse artistique des 120 dernières années, en mettant en lumière l’évolution des techniques et des mouvements artistiques modernes et contemporains. Elle offre également l’opportunité de réfléchir à la démarche artistique de chaque auteur, ainsi qu’au contexte historique, idéologique et politique dans lequel les œuvres ont été réalisées.
La visite peut être adaptée aux enfants et adolescents : un jeu de piste artistique leur permet de s’initier à la lecture et à la compréhension des œuvres, en stimulant leur curiosité et leur sens de l’observation.
Cette approche pédagogique et interactive fait de la visite une expérience accessible à tous, mêlant culture, histoire et découverte ludique de l’art moderne et contemporain.
Tate Modern : la culture moderne à portée de tous
Bonne nouvelle pour les amateurs d’art à Londres : l’accès à la collection permanente de la Tate Modern est gratuit.
Les visiteurs sont encouragés à laisser une donation volontaire, généralement autour de 4 £, mais celle-ci n’est pas obligatoire.
En revanche, les expositions temporaires – qui mettent en lumière des artistes contemporains internationaux ou des thématiques spécifiques – sont payantes, avec un tarif moyen d’environ 15 £. Ces expositions sont gratuites pour les membres du musée.
Il est recommandé de consulter le programme officiel de la Tate Modern avant votre visite pour connaître les expositions du moment et planifier votre parcours. Les œuvres permanentes, réparties sur plusieurs étages et salles thématiques, permettent de découvrir gratuitement une large sélection d’art moderne et contemporain, des œuvres emblématiques aux installations immersives.
Cette gratuité rend la Tate Modern accessible à tous, que ce soit pour une visite rapide ou une immersion plus longue dans l’art contemporain.
Tate Modern : une découverte de l’art pour les enfants
La Tate Modern propose des parcours thématiques gratuits spécialement conçus pour les enfants, disponibles directement aux bureaux d’information du musée. Ces parcours permettent aux jeunes visiteurs d’explorer les collections permanentes à travers des activités ludiques et interactives, adaptées à différents âges.
En complément, le musée organise des ateliers « Artistes en herbe » dans l’espace Clore Learning Centre situé au niveau 0. Ces ateliers sont proposés tous les week-ends et lors de certains jours des vacances scolaires. Ils offrent aux enfants la possibilité de manipuler les matériaux, expérimenter des techniques artistiques et créer leurs propres œuvres, tout en s’initiant aux concepts et mouvements de l’art moderne et contemporain.
Ces initiatives font de la Tate Modern un musée accessible et engageant pour les familles, où l’art contemporain devient un terrain d’exploration et de créativité pour les plus jeunes.
Les terrasses avec vue sur la skyline de Londres
La Tate Modern offre plusieurs points de vue remarquables sur la skyline londonienne répartis dans ses deux bâtiments principaux : le Natalie Bell Building (l’ancienne centrale électrique) et le Blavatnik Building, extension contemporaine inaugurée en 2016.
Dans le Natalie Bell Building, des espaces accessibles au public permettent de profiter d’une vue sur la Tamise et la City.
Au niveau 6, le restaurant et le café du musée disposent de larges baies vitrées offrant un panorama sur plusieurs monuments emblématiques de Londres. On peut notamment y apercevoir le Millennium Bridge reliant directement le musée à la St Paul’s Cathedral, ainsi que des éléments majeurs de la skyline comme The Shard ou la tour 20 Fenchurch Street.
Ces espaces sont ouverts aux visiteurs du musée, même si le restaurant et le café impliquent généralement une consommation.
En revanche, le bar réservé aux membres, appelé Members Bar, se trouve au niveau 5 de la Natalie Bell Building et n’est accessible qu’aux détenteurs d’une adhésion Tate Membership.
Ce salon privé offre un espace plus calme que les galeries du musée. Il dispose d’un bar intérieur confortable, aménagé avec des canapés et une atmosphère de lounge, ainsi que deux terrasses extérieures. Depuis ces balcons, les membres peuvent profiter d’une vue dégagée sur la Tamise et la skyline londonienne, notamment en direction de la St Paul’s Cathedral et du quartier de la City.
Le Blavatnik Building abrite pour sa part la principale plateforme panoramique du musée, située au niveau 10. Cette terrasse extérieure avait été conçue comme un belvédère gratuit offrant une vue à 360° sur Londres, permettant d’observer la Tamise, la City et plusieurs monuments majeurs de la capitale.
Toutefois, peu après son ouverture, la plateforme a suscité des plaintes de résidents des appartements voisins du complexe résidentiel Neo Bankside, dont les logements étaient visibles depuis la terrasse. À la suite d’un long contentieux juridique, l’accès a été restreint en 2020, certaines zones ayant été fermées afin de préserver la vie privée des riverains.
Depuis 2022, la plateforme a partiellement rouvert au public, mais avec des aménagements limitant certains angles de vue, notamment grâce à l’installation de parois et de dispositifs visant à empêcher l’observation directe des appartements voisins.
Que visiter à côté de la Tate Modern ?
À quelques pas de la Tate Modern se trouve le Shakespeare’s Globe, une fidèle réplique d’un théâtre élisabéthain ouvert en 1997 sur les bords de la Tamise. Ce théâtre propose des représentations de pièces classiques de Shakespeare, des visites guidées et des ateliers pour découvrir l’architecture et les pratiques théâtrales du XVIIᵉ siècle
Un peu plus loin sur la même rive se trouve le célèbre croiseur HMS Belfast, aujourd’hui transformé en musée flottant par le Imperial War Museum. Ce navire, lancé en 1938, est surtout connu pour sa participation décisive au débarquement en Normandie le 6 juin 1944. Les visiteurs peuvent explorer ses ponts, salles des machines et postes de combat pour comprendre la vie à bord d’un navire de guerre de la Seconde Guerre mondiale et découvrir son rôle stratégique pendant les grandes opérations navales
Où se trouve la Tate Modern
La Tate Modern se situe sur la rive sud de la Tamise, dans le quartier de Bankside, à proximité du Millennium Bridge qui la relie directement à la Cathédrale Saint-Paul.
Adresse : Bankside, Londres SE1 9TG
| London Bridge | 17, 21, 35, 40, 43, 47, 48, 133, 141, 149, 343, 344, 381, N21, N133, N199 | London Bridge City Pier |
Conclusion
La Tate Modern, installée dans l’ancienne centrale électrique de Bankside, transforme un bâtiment industriel emblématique en un espace monumental dédié à l’art moderne et contemporain. Elle présente des œuvres majeures d’artistes britanniques et internationaux, allant du surréalisme au pop art, en passant par l’art conceptuel et les installations immersives.